Pour des bâtiments scolaires durables II : Pierre Somers (Trait architects)

A l’occasion de la rentrée scolaire, Architectura a rencontré l’architecte Pierre Somers, administrateur de Trait architects, l’un des bureaux ayant le plus de bâtiments scolaires à son actif en Wallonie et à Bruxelles. La semaine dernière, il nous expliquait que la norme passive s’appliquait très bien aux écoles et que celles-ci en étaient de plus en plus conscientes. Au programme cette semaine : les différences entre régions, l’acoustique et le confort thermique.

Bruxelles en avance sur la Wallonie

L’obligation de répondre au standard de la maison passive a été fixée à 2015 en Région bruxelloise et à 2017 en Région wallonne. Même si tout n’est pas parfait sur le terrain, Bruxelles a une bonne longueur d’avance en matière de construction passive grâce à la politique à la fois volontariste et collaborative de la ministre Évelyne Huytebroeck, du précédent gouvernement de la Région Bruxelles Capitale. « La politique des désormais fameux «Batex » s’avère une courroie de transmission très efficace. Contrairement à la PEB, rien n’est imposé mais, au contraire, il s’agit d’une démarche, couplée une aide financière et à un accompagnement technique. La communauté des Batex qui s’est créée au fil du temps a poussé un peu tout le monde dans la bonne direction. »

« Du côté wallon, les conditions sont moins favorables. Il y a bien un Batex wallon. Mais nous sommes sortis découragés de la séance d’information sur l’appel à projet. Les exigences, les engagements et le travail à fournir sont très élevés et à prendre dès la candidature… », explique Pierre Somers.

Ambiances acoustiques contrastées

Les maîtres d’ouvrage ne pensent pas forcément au confort acoustique dans les classes. Cependant, l’architecte le prévoit systématiquement, sachant que c’est là un aspect crucial pour les enseignants. Dans les classes, là où les cours sont donnés, l’attention doit être présente, il faut absolument atteindre un bon niveau d’absorption acoustique, malgré la réverbération générée par les vitrages et autres surfaces dures et lisses. Pierre Somers se souvient d’une institutrice du Collège du Biéreau, ravie, qui lui disait qu’elle pouvait à nouveau mettre la radio en rentrant de l’école, alors que la fatigue nerveuse due au bruit l’en empêchait dans les anciens locaux.

De ce point de vue, on trouve dans une école des lieux encore plus critiques que les classes : la salle de pyschomotricité, la salle de gym et le réfectoire.

Une approche intéressante consiste à travailler les contrastes. Le confort, c’est toujours une question de comparaison, que ce soit pour la température ressentie ou l’acoustique. On peut ainsi avoir des couloirs, escaliers, halls assez résonnants et des salles de classe absorbant bien l’onde sonore. Quand on passe du couloir à la classe, on entend quasiment la différence. Et celle-ci invite au silence.

Au Collègue du Biéreau, la cour est en béton. L’entrée dans les bâtiments se fait sur un caillebotis, puis on marche sur un revêtement en caoutchouc. Trois ambiances acoustiques différentes et contrastées. L’acoustique peut donc aussi être un élément dans l’appréciation de l’espace, en lui donnant du relief.

Confort thermique et qualité de l’air ambiant

Dans une école encore plus que dans d’autres bâtiments passifs, on est exposé à un risque de surchauffe. La densité d’occupation importante génère quantité de chaleur humaine, apport passif au même titre que le soleil et l’éclairage ou les équipements électriques. A tel point que l’on constate dans les écoles que les apports solaires sont souvent excédentaires.

« C’est encore pire dans les maisons de repos, qui ne connaissent pas de période d’innocupation. La température de consigne est plus élevée : 22 degrés. Si on ne peut pas dépasser 25 degrés, on a une toute petite marge et cela devient compliqué de décharger le bâtiment. Dans une école, si la température de consigne est de 20 degrés et que l’on peut aller jusqu’à 25, on peut profiter des périodes d’inoccupation (nuits, week-end, congés) pour décharger le bâtiment », selon Pierre Somers.

Pour lutter contre la surchauffe, on prévoit des protections solaires extérieures, une surventilation (ventilation mécanique double flux pour un renouvellement de l’air, garantie d’un bon air ambiant), et on fait jouer l’inertie du bâtiment. Surtout pas de conditionnement d’air, inadapté. On utilise par exemple des convecteurs réversibles couplés à une pompe à chaleur. Dans le cas où le budget ne permet pas une ventilation double flux généralisée (et que le projet n’est pas passif), la solution peut passer par l’installation de boîtiers détecteurs de CO2 indiquant quand il est temps d’ouvrir les fenêtres pour renouveler l’air ambiant. Avec une ventilation double flux, la qualité de l’air mesurée dans les classes est incomparablement supérieure.

Source: Architectura.be