Pollution de l’air à l’école

Les mesures de Test-Achats indiquent clairement que la plupart des écoles n’ont pas un environnement intérieur sain. En cause: le mauvais état des bâtiments scolaires et/ou le manque d’air frais, dû a un système de ventilation inefficace, à la surpopulation et/ou aux mauvaises habitudes du corps enseignant et de la direction. C’est surtout la teneur en CO2 qui est bien trop élevée dans les locaux. L’air est aussi pollué par des composés organiques volatils, comme le benzène, et du formaldéhyde. Et dans deux écoles, l’eau était beaucoup trop chargée en plomb.

D’après Test-Achats, une campagne de sensibilisation est plus que nécessaire. L’association de défense des consommateurs invite les Régions Wallonne et Bruxelloise à prendre exemple sur la Flandre qui s’est attaquée au problème de la qualité de l’environnement intérieur des écoles en lançant un projet pilote de sensibilisation. Analyse de l’environnement intérieur dans 20 écoles volontaires… Durant les mois de février et mars 2007, Test-Achats a visité 20 écoles belges – implantées dans les 3 régions – pour analyser la qualité de l’air, la température, l’humidité et la teneur en plomb de l’eau du robinet. L’association a également vérifié la présence de gaz radioactif, le radon. Les mesures ont été prises à chaque fois dans 3 locaux (classes et/ou gymnases et/ou réfectoires). Test-Achats en a profité pour expliquer aux élèves et aux professeurs l’importance d’un air ambiant sain et comment ils pouvaient l’obtenir.

Besoin d’air frais et d’hygiène adéquate

Depuis que les économies d’énergie figurent parmi les priorités, les locaux des écoles sont moins aérés alors que l’air contient quantité de substances nocives : le CO2 expulsés par les élèves et enseignants, des COV (composés organiques volatils) s’échappant de la colle, de la peinture ou encore du Tipp-Ex…, du formaldéhyde que les bancs et les armoires en bois aggloméré sont susceptibles d’émettre, sans oublier l’emploi des craies, qui charge l’air d’une fine poussière. En outre, l’aération est indispensable pour maintenir les locaux dans une température et un degré d’humidité acceptables. Il ne faut pas sous-estimer l’influence que peut avoir un degré d’humidité trop haut ou trop bas sur la santé des enfants. Des locaux trop chauds et trop humides sont propices au développement de moisissures et d’acariens, et de certains allergènes. La pollution de l’air intérieur peut être à l’origine de plusieurs problèmes de santé : asthme, maux de tête, allergies, nausées, vertiges, irritations des yeux, de la peau, de la gorge et des voies respiratoires…

La législation est inadéquate

La législation concernant l’air intérieur, celui des écoles plus spécifiquement, n’est pas très étendue en Belgique. Mais la Flandre a une belle longueur d’avance sur le reste du pays. Elle dispose effectivement de deux réglementations : la circulaire du 8 octobre 1997 concernant la sécurité, la santé, l’hygiène et la préservation de l’environnement intérieur dans les écoles secondaires et l’arrêté du Gouvernement flamand sur l’air intérieur du 11 juin 2004, également valable pour les écoles. Ce dernier définit des valeurs guides pour certains polluants comme le benzène, le formaldéhyde, les COV. Dans les écoles primaires flamandes, les inspections sanitaires prennent également la qualité de l’air en compte. La brochure “environnement intérieur et santé à l’école” a été éditée pour aider les directions à se préparer à ces inspections.

Les observations dans les locaux

1. Le CO2 : dans 47 des 60 locaux testés, les valeurs prouvaient que les locaux n’étaient pas assez aérés et à l’évidence surpeuplés. Cela fatigue les enfants et altère leur capacité de concentration. C’est sans aucun doute le problème le plus important constaté par Test-Achats.

2. Le formaldéhyde : dans les écoles, on le retrouve surtout dans les meubles en kit en contre-plaqué mais aussi dans les produits d’entretien et de bricolage comme la colle et la peinture. L’arrêté flamand sur l’environnement intérieur de juin 2004 place la valeur guide à10 μg/m³ pendant 30 minutes. La valeur d’intervention est fixée à 100 μg/m³. La valeur la plus importante que nous ayons mesurée s’élevait à 43 μg/m³. Dans la moitié des cas, on a relevé plus de 10 μg/m³.

3. Les COV ou composés organiques volatils (benzène, toluène, xylènes, styrène…). Ils sont présents en nombre, notamment dans les matériaux isolants, moquette, produits d’entretien et de bricolage. Les enfants peuvent avoir des réactions, assorties des symptômes suivants : maux de tête, vertiges, irritation des yeux et du système respiratoire, troubles visuels… Dans 20 locaux, la valeur guide pour les COV totaux était dépassée. Test-Achats a également constaté, que dans 18 locaux, la valeur guide pour le benzène (de 2 μg/m³), un polluant cancérigène, était elle aussi dépassée. Ici, il ne fait aucun doute que le responsable est le trafic extérieur.

4. Le plomb dans l’eau de distribution. A terme, le plomb peut causer des troubles neuropsychologiques. Chez les petits enfants, il peut même causer un retard physique et mental. La présence de plomb dans l’eau peut être due à des canalisations trop vieilles. Dans cinq écoles, la valeur guide de 10 μg/m³ était dépassée (valeur guide européenne à partir de 2013), dont deux cas particulièrement problématiques, où l’eau contenait entre 83 et 108 μg/m³ de plomb. Les enfants ne devraient plus boire de cette eau.

5. Les moisissures. Certaines moisissures peuvent provoquer des allergies et des irritations chez les enfants. Leur serre idéale ? Un endroit humide sombre et mal ventilé. Dans plus de la moitié des écoles, la charge fongique était trop élevée. La plupart du temps, des traces de Penicillium sp, Cladosporium sp et d’Aspergillus sp, trois espèces ayant des effets allergènes, étaient détectées. Et souvent, des acariens, friands de moisissures, étaient aussi découverts.

6. La température. Dans presque la moitié des cas, des températures légèrement trop basses (entre 19 et 20 °C) ont été mesurées. Les mesures les plus froides ont été relevées dans les gymnases et les locaux informatiques.

7. Le taux d’humidité relative. Des valeurs trop basses peuvent être à l’origine de problèmes respiratoires, tandis qu’un taux d’humidité trop élevé stimule la prolifération de moisissures (entre autres). Presque un local sur trois s’est avéré trop humide.

8. Le radon. Ce gaz radioactif qui émane du sous-sol peut causer des cancers du poumon. Il est surtout présent en grande concentration dans les sous-sols rocheux, en Ardennes par exemple. Pas une seule trace significative de radon n’a été détectée dans les locaux visités.

Conclusions et revendications

Les observations de Test-Achats montrent que l’écrasante majorité des écoles ne constituent clairement pas un environnement sain. Surtout en ce qui concerne la teneur en CO2, beaucoup trop élevée dans la plupart des locaux. L’air est aussi chargé de COV, formaldéhyde et benzène. Et dans deux écoles, l’eau du robinet contenait bien trop de plomb. Cela n’indique rien de bon sur l’état des bâtiments scolaires. Le manque d’air frais, dû à un système de ventilation inefficace et à la surpopulation, est patent. Enfin, les habitudes des élèves, des professeurs et de la direction doivent aussi changer. Test-Achats plaide pour une campagne de sensibilisation nationale et pour une amélioration de la qualité de l’air intérieur dans les écoles. La Flandre a accordé beaucoup d’attention et de moyens pour rendre l’accès à l’enseignement primaire gratuit. Il faudrait faire autant d’efforts pour allouer l’argent nécessaire à un meilleur environnement intérieur.

Source: Test-Achats