L’école idéale ? Silencieuse !

La réverbération du son dans les classes affecte les performances cognitives des élèves.

La société Fraunhofer est une véritable institution en Allemagne. Forte d’une bonne cinquantaine d’Instituts de recherche spécialisés dans une multitude de domaines (plus de 80), son credo porte tout entier sur la mise en application de découvertes scientifiques.

Pas étonnant dès lors que ses instituts collaborent pour un tiers de leur temps avec le monde de l’entreprise et s’occupent pour les deux tiers restants de recherche scientifique propre ou commanditée par les pouvoirs publics.

« Nos programmes touchent autant à la biologie qu’à l’électronique, aux nouveaux matériaux, au traitement des signaux qu’à la médecine ou l’amélioration de procédés industriels », explique volontiers Ulrich Buller, le vice-président pour la planification de la recherche du Fraunhofer.

Avec ses 12.500 chercheurs en Allemagne, l’institution, née en Bavière au lendemain de la seconde guerre mondiale est présente partout. Même dans les écoles primaires !

« Nous avons en effet travaillé dans les écoles primaires du Baden-Wurttemberg. Principalement via mon institut, l’Institut de physique de la construction basé à Stuttgart, précise le Dr Philippe Leistner. Notre recherche a porté sur l’acoustique dans les salles de classe. Et notre conclusion est limpide : quand on choisit une école pour ses enfants, la qualité du corps professoral est très importante, mais on ferait bien aussi de s’intéresser à son acoustique. Si les profs sont excellents mais qu’on ne les entend pas de manière intelligible dans le fond de la pièce, cela pose un problème ».

L’étude menée l’an dernier dans cette région allemande montre deux choses. Si la réverbération du son dans les classes est trop importante, cela augmentera le bruit dans la pièce ce qui affectera les performances cognitives des élèves. « C’est leur mémoire à court terme qui est perturbée », explique le chercheur.

La solution ? « Pour améliorer l’acoustique, nous avons travaillé sur des revêtements de murs et de plafonds à efficacité maximale. Nos travaux ont débouché sur la mise au point d’un film de plastique perforé facilement applicable sur des surfaces existantes. L’essentiel du travail a porté sur l’optimisation de la taille et de la répartition de ces microtrous. Et bien entendu sur l’adaptation de l’industrie à la fabrication de ce filtre sonore ».

Ce genre d’amélioration de l’environnement d’un lieu clos n’est pas un cas unique au Fraunhofer.

« Nos recherches concernent tous les environnements confinés, continue Philippe Leistner. Qu’il s’agisse d’habitacles de voitures, de trains, de cabines d’avion ou de bâtiments aux fonctions diverses : maisons, appartements, industries, bureaux…

L’amélioration de l’acoustique n’est qu’un des paramètres auxquels nous nous intéressons. Quand on parle d’environnement de travail, on pense aussi à l’ergonomie du mobilier, aux couleurs des murs, aux flux de travail, à la luminosité, aux odeurs qui peuvent être dérangeantes lors de l’arrivée d’un nouveau mobilier et bien entendu au climat intérieur global : la température, l’humidité et les éventuels filets d’air générés par les systèmes de chauffage ou de conditionnement qui peuvent gêner les personnes qui travaillent. Tous ces paramètres sont pris en compte dans nos travaux.

Nous avons développé une série de logiciels de simulations pour analyser chaque situation. Notre méthode de prédilection, c’est l’approche intégrée. »

L’importance de cette spécialisation au sein du Fraunhofer ? Philippe Leistner sourit : « Aujourd’hui, nous passons 90 % de notre vie dans l’un ou l’autre lieu fermé. C’est un premier élément de réponse. Et puis, nous savons aussi que dans un bureau, si les personnes qui y travaillent y ressentent l’un ou l’autre inconfort, elles seront moins concentrées, de mauvaise humeur et donc… moins efficaces. Toutes nos études le montrent ! »

Source: LeSoir.be