Créer des écoles, c’est fondamental

Il faudra 34 écoles maternelles de plus à l’horizon 2014 – 2015. Ça se bouscule plus que jamais aux portes de l’école en cette nouvelle rentrée. Surtout du côté des maternelles et des primaires. Bouchons dans le fondamental, le boom démographique est désormais perceptible dans nombre de communes bruxelloises. Ça coince du côté de Molenbeek, Anderlecht ou Schaerbeek mais aussi du côté d’Ixelles ou encore de Saint-Gilles. Seules les communes du Sud et de l’Est de Bruxelles semblent encore épargnées par l’afflux de bambins en quête d’apprendre, d’après une étude de l’IBSA (Institut bruxellois de statistique et d’analyse). « La situation est moins critique pour ces communes, en comparaison de la situation au centre, au nord et à l’ouest de la capitale. Mais elle est également amenée à poser problème au vu des projections de l’essor démographique et donc de la population à scolariser », précise l’expert Xavier Dehaibe.

Postulat important pour décrypter les conclusions de l’étude, les calculs ont été faits sur base du nombre d’enfants en âge d’être scolarisés inscrits dans la commune, mis en rapport avec le nombre de places dans les écoles situées sur le territoire communal. « Certaines communes n’apparaissent pas comme étant en déficit sévère, mais elles accueillent un haut pourcentage d’élèves des autres communes ou de la périphérie, elles sont reprises sous l’appellation “spécialisées dans l’enseignement”. Anderlecht et Bruxelles-Ville sont des cas emblématiques et, dans la pratique, déjà saturées. »

Les conclusions de l’étude sont sans appel : à l’horizon 2014 – 2015, 7.000 places (soit 34 écoles) devraient être créées dans l’enseignement maternel (tous réseaux et langues confondus). Pour le primaire, le besoin est évalué à 11.070 places (soit 39 établissements). « Les années 2014-2015 ont été choisies conformément aux contraintes temporelles que nécessite un projet de construction d’écoles, l’objectif étant de suggérer un nombre et une répartition géographique. »

Du côté de la Région, qui a commandité l’étude, la réaction fuse. « On ne s’attendait pas à des chiffres aussi alarmants », lâche-t-on au cabinet du ministre-président Charles Picqué (PS). Place à l’action et ce même si la Région n’a que peu de manœuvre, l’enseignement étant une compétence communautaire. « L’enjeu est trop important, nous avons donc décidé de réunir l’ensemble des acteurs concernés, les communes mais aussi les Communautés française et flamande ». Une rencontre est ainsi programmée à la fin de ce mois. « Pour voir ce que nous pouvons réaliser ensemble », poursuit-on à la Région où l’on espère notamment que la clé de financement 80/20 entre francophones et néerlandophones ne sera pas remise en cause par ces derniers.

Fédérer donc mais aussi influer. À l’étude notamment, la possibilité de financer les extensions d’écoles via les contrats de quartier. « Nous avons également la volonté de travailler sur les permis d’urbanisme afin de faciliter la construction d’école ». Même topo pour le groupe de travail Région/Communauté française où l’on réfléchit à l’assouplissement de certains critères juridiques. Qui stipulent par exemple que deux établissements doivent être séparés par une certaine distance. « Aujourd’hui on pourrait très bien imaginer deux écoles côte à côte ».

« Il faut trouver 50 millions »

Cent vingt-cinq mille habitants et une population scolaire évaluée de 25.000 unités pour cette rentrée. Combien dans 15 ans ? Georges Verzin (MR), l’échevin de l’Instruction, fait ses comptes. Tous réseaux confondus, il y aura 15.000 élèves supplémentaires à Schaerbeek dont 5.000 dans le réseau communal. Réfléchir sur quinze ans est logique : c’est la durée de la scolarité. « Il faut donc renforcer immédiatement, estime Georges Verzin, les écoles maternelles, puis s’attaquer à construire de nouvelles écoles primaires et enfin secondaires. Pour être cohérent, il faut travailler sur le long terme ».

Mais d’abord l’urgence. Pratiquement toutes les écoles affichent complet et il faut faire preuve d’imagination, en installant par exemple des classes conteneurs temporaires. Schaerbeek mise sur la création d’une nouvelle école 14 d’une capacité de 350 élèves et sur les extensions de l’école 16 à l’horizon 2015. Ce sera insuffisant. Il faudra trois nouvelles écoles en 2018 et trois autres encore cinq ans plus tard. Où les mettre ? Un plan communal est à l’étude.

Evaluer les besoins est une chose, trouver le financement en est une autre. Dans le passé, Schaerbeek, commune riche, a lancé des souscriptions et fait appel aux dons privés pour ériger ses écoles. Les temps ont changé. La commune est sous plan de redressement, ce qui limite sa capacité d’emprunt (maximum de 10 millions par an). Les dix écoles (5.000 élèves) à construire nécessiteront un investissement de 50 millions, ce qui mangera l’essentiel de la capacité d’emprunt de la commune, au détriment des autres projets.

Georges Verzin se tourne dès lors vers la Région et la Communauté française. Le contrat de quartier Helmet (financé par la Région) permettra de payer l’étude de faisabilité sur les extensions de l’école 6. Le refinancement de la Région pourrait apporter des enveloppes complémentaires. Pour le reste…

« Les écoles sont archi-complètes »

A Molenbeek, les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Au 15 août, nous comptions 90.500 habitants, indique Isabelle Van Mechelen, la cheffe de cabinet du bourgmestre Philippe Moureaux (PS). Soit une augmentation de près de 15 % depuis le début de la législature communale (2006). C’est énorme ! »

Dans le fondamental (maternelles et primaires), on a enregistré 5.025 inscriptions en ce début d’année scolaire. « Toutes les demandes ont pu être satisfaites mais les écoles sont toutes archi-complètes. Dans certains établissements, on ne peut même plus accueillir l’ensemble des fratries », s’inquiète-t-on du côté molenbeekois où l’on s’est livré à un recensement des besoins pour les années à venir, tous réseaux confondus et en ce compris le secondaire. « Selon les projections faites, il nous manquerait 4.600 places à l’horizon 2015 et 1.500 dans les trois ans ».

La commune a donc mandaté le service des travaux et de l’instruction publique afin de voir quelles solutions peuvent être dégagées à court et moyen terme. Et il y a urgence. C’est qu’une école ne se bâtit en un coup de craie. « Nous sommes une des seules communes à avoir construit une école (Les Tamaris en 2006) ces dernières années. Pour y arriver, il a fallu six ans de préparation ! »

Alors place, dans un premier temps en tout cas, à la débrouille. « Nous avons étudié les possibilités d’extension de bâtiments existants comme du côté de l’école 11 où nous pourrions gagner 250 places en reconstruisant les pavillons sur deux étages. Du côté de l’école 13, sachant que l’aile néerlandophone va déménager dans un nouvel établissement, on pourrait gagner entre 200 et 250 places ». Possibilité aussi, à terme, de doubler la capacité des Tamaris.

Pour faire face à la demande croissante, Molenbeek où les 5-6 ans sont surreprésentés dans la pyramide des âgées, on a d’ores et déjà marqué son intention de faire construire une toute nouvelle école. Des fonds ont ainsi été réservés dans le budget communal pour financer les études de faisabilité. Reste à trouver le terrain. Ce sera soit dans le Molenbeek historique soit dans le haut de la commune. Restera aussi à boucler le budget, à l’aide de subsides et ou de prêts. Et à trouver les enseignants. « Et ça non plus ce n’est pas évident ».

« 1.500 places dans les 4 ans »

Pour cette rentrée, Anderlecht a inauguré un établissement transitoire rue des Trèfles. Pour l’instant une centaine d’enfants y ont posé leurs cartables. A plus long terme, d’autres classes seront accueillies, pour un total de 220 places. Des mesures insuffisantes en regard du manque déjà criant de places dans l’enseignement tant maternel que primaire. « D’après nos comptages effectués en 2009, plus de 700 élèves sont aujourd’hui accueillis dans des locaux inadaptés tels que bibliothèque, greniers… Pour l’année scolaire 2008-2009, 450 demandes d’inscriptions n’avaient pas pu être rencontrées. Ces dix dernières années, nous évaluons l’augmentation des élèves à 32,5 % et aucune construction majeure. », détaille Fabrice Cumps (PS), échevin de l’Enseignement.

Selon les estimations, 8 écoles (plus ou moins 500 têtes) devraient être créées d’ici 2025. Comme précisé dans l’étude commanditée par la Région (lire ci-dessus), les besoins ont été calculés sur base des enfants domiciliés dans la commune, or Anderlecht accueille de nombreux enfants d’ autres communes et de la périphérie. « 20 % des élèves viennent de la périphérie », commente l’échevin. La rue des Trèfles doit accueillir un établissement définitif d’une capacité de 750 élèves. Le projet, qui doit coûter 9 millions d’euros, est supposé être financé par un partenariat public-privé (PPP). « Le concept a du plomb dans l’aile, le ministre en charge (l’écolo Jean-Marc Nollet) veut réfléchir à d’autres pistes, moins coûteuses. Nous espérons des avancées dès septembre ». La situation est en effet urgente. Les 750 places des Trèfles absorberaient seulement les élèves aujourd’hui relégués dans des locaux inadaptés. « Il faudrait encore au moins deux fois 750 places dans les trois à quatre ans pour répondre à la demande. Si l’on prend l’exemple du coût des Trèfles, à savoir 9 millions d’euros, sachant que la capacité totale d’emprunt de la commune est de 6 millions par an… Le calcul est vite fait, il est impossible de financer nous-même de nouveaux établissements. »

Source: LeSoir.be